L’encre de Chine : entre geste, matière et lavis

Une tradition millénaire, du bâton d’encre aux flacons contemporains

Le dessin et les lavis à l’encre de Chine puisent leurs racines dans une tradition millénaire, où le geste et la matière dialoguent avec le temps. Née d’un subtil mélange de noir de fumée, de gommes et d’essences précieuses, l’encre ancienne était façonnée en bâtonnets, lentement séchés, puis éveillée à l’eau sur la pierre abrasive. Elle accompagne aussi bien l’écriture que la peinture, portant en elle la trace du souffle et du silence.

Il faut distinguer cette encre traditionnelle, dense et solide, de sa forme moderne, fluide et contenue dans de modestes flacons.

Toutes deux offrent un noir intense, presque absolu, et une remarquable résistance à la lumière. Toutefois, l’encre contemporaine se distingue par une caractéristique essentielle : elle est indélébile. Une fois sèche, elle ne se redilue pas, ce qui permet de superposer des couches de couleur à base d’eau — encre ou aquarelle — sans altérer le tracé initial.

Ce croquis a été réalisé d’un premier tracé à l’encre noire, posé au roller, avant d’être recouvert d’un voile d’aquarelle sombre. Les lignes initiales sont demeurées nettes, fidèles au geste premier. En revanche, là où la plume est revenue effleurer le papier encore humide, le trait s’est ouvert, s’est dilué, laissant l’encre se mêler à l’eau et se perdre doucement dans la structure du papier.

L’art ne donne pas une reproduction du visible mais il rend visible.

Paul Klee

Tracés, lavis et expériences de superposition

L’encre de Chine classique est noire, bien que l’on regroupe aujourd’hui sous ce nom aussi toute une série d’encres de diverses couleurs. L’encre peut être appliquée au calame (roseau taillé), à la plume métallique, au pinceau, au stylo technique et, diluée avec de l’eau, il est possible d’étendre des lavis.


Feuilles d’étude à l’encre de Chine noire et rouge, rehaussées de quelques traits de plume et de touches de café.